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Les drogues comme expérience de vie chez l’adolescent et le parent

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Article paru dans : « Actions Tox », vol. 4 numéro 1, novembre 2003

La relation «parent-enfant» et le vécu en société

Comme parents nous désirons tous le bien-être des enfants. « On fait notre possible et c'est super comme ça ». L'enfant quant à lui, désire être bien à son tour. Ses messages nous permettent de comprendre ses besoins. Parfois en criant, en pleurant, pour ensuite nous remercier de ses sourires, ceux qui nous réchauffent le cœur quand ils sont tout jeunes. Cette relation parent-enfant est fondamentale. Elle est la base même du sentiment de bien-être dans la vie.

Puis, vient le temps du C.P.E., des écoles primaire et secondaire, lieux ou l'on perd l'emprise sur son éducation. D'autres valeurs lui sont présentées, il compare et se fait son opinion. Pourtant, c'est bien à cette étape qu'on lui laisse voir les avantages de la situation tel que des amis à rencontrer, faire des apprentissages nouveaux pour satisfaire sa curiosité et la préparation à la vie d'adulte. Rapidement les amis prennent la place et deviennent l'autre point de référence. Lentement, il « apprend » les règles de vie en société mais demeure cet être fragile avec ses besoins d'amour et de compréhension. Puis on espère que les limites imposées et les permissions accordées suffiront pour la suite de sa vie.

Les drogues comme expérience de vie chez l'adolescent

La curiosité et le goût de la découverte, associés à l'influence des amis portent l'adolescent à vivre des expériences avec lesquelles les parents ne sont pas toujours en accord, tel que la consommation d'une drogue. Voilà une autre possibilité de questionnement dans sa vie.

Que dois-je faire face à cette possibilité de consommation ? Il y a d'une part les avantages : rencontres d'amis, sensations nouvelles, reconnaissance du groupe, détente, plaisir intense, bien-être, réduction de la gêne. D'autre part il y a les inconvénients: s'éloigner des attentes des parents, de l'école, dépenser de l'argent ou poser des gestes illégaux, cela peut nuire à la santé, à la mémoire et possiblement à la motivation s'il y a consommation régulière, il y a les « downs » à vivre, etc. Il devra choisir et assumer ses choix.

Quelques faits (2002)

Rappelons que 60 % des jeunes de 14 et 15 ans ont essayé le cannabis, ce produit dit illégal qu'ils se procurent partout. 7 jeunes sur 10 ayant essayé restent consommateurs un certain temps. L'autre 30 % considère l'expérience comme terminée. Le 42 % de consommateurs restant se répartit comme suit : la moitié (21%) consomme occasionnellement, environ 11 % plutôt les fins de semaine et un autre 10 % plus souvent. Vers l'âge de 19-20 ans, la consommation redevient occasionnelle ou cesse pour la majorité. La situation est plus délicate pour 5 % des consommateurs qui persistent dans ce comportement potentiellement problématique pour eux. On parle donc de consommateurs occasionnels, réguliers, surconsommateurs et abusifs (hors contrôle).

Une expérience importante pour les parents aussi

En tant que parent on se demande comment réagir, c’est normal. Hélas il n’y a pas de recette miracle. Il faut distinguer une saine curiosité, la recherche de plaisir et les influences, de l'aspect problématique des drogues et de leur utilisation. Une fois la surprise passée il suffit d’en parler et de faire part de nos inquiétudes, de nos attentes. Il est primordial de toujours laisser voir les aspects que l'on apprécie de ses comportements. Par la suite on peut lui rappeler ces situations dans lesquelles il s'est placé avec la consommation, ex. : illégalité, qualité douteuse de produits, déception occasionnée, situation scolaire difficile, vols si cela est le cas, etc.

S'inquiéter pour les vrais raisons

Les adultes ont tendance à surestimer les difficultés liées à l'utilisation d'une substance et à en nier les impacts positifs recherchés par le consommateur. Les adolescents ont tendance à minimiser les impacts négatifs pour n'en retenir que les gains à court terme. S'il y a consommation c'est qu'il y a un gain à faire rapidement. Il faut en discuter car cette question essentielle nous parle du bien-être attendu. Les craintes en regard des drogues sont plutôt liées à la surconsommation. Les motifs de départ peuvent devenir des motifs menant à une vie toxicomane par manque de vigilance du consommateur.

Mais quoi faire?

Comprendre les motifs de consommation et les différents types de consommateurs nous permettra d'ajuster nos interventions. Plus la consommation est longue dans le temps, plus il y a de produits différents consommés dans un court laps de temps, plus le risque est élevé. Dans ce cas il n’y a pas à hésiter, il faut rappeler nos attentes de vie saine, appliquer les conséquences adéquates et surtout, rester à l'écoute du vécu car souvent dans ces situations le stress provoqué par l'intervention peut favoriser une augmentation de la consommation, ce qui n'est pas le but recherché. On doit alors changer de stratégie si cela est le cas.

Il faut se rappeler que la recherche du plaisir intense soutenu, ou encore de l'apaisement d'une souffrance trop difficile à vivre, porte des gens à surconsommer dans le but de retrouver des états apaisants. Ces personnes peuvent se désensibiliser c.à.d. ne plus ressentir d'effet avec les produits. Ils sont tentés d'augmenter les quantités. Ce piège subtil est à éviter. Voilà un discours intéressant à utiliser dans l'argumentation parentale.

Une fois ces stratégies essayées, les résultats peuvent être les suivants :

Un intervenant ?

À tout moment du questionnement, il peut être utile de consulter un intervenant dans le but d'établir un bilan expérientiel de la situation pour comprendre les enjeux. Ensuite il s'agit d’établir le plan d'action comprenant les objectifs d'évitement d'une toxicomanie et permettre le retour au bien-être optimal (celui que l'on peut raisonnablement atteindre) de l'adolescent et du parent, quel que soit le résultat final.

Richard Gingras
Éducateur en prévention de la toxicomanie
Auteur et formateur accrédité, Association québécoise de gestion expérientielle
richard.gingras@prologue.qc.ca

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Merci à l’artiste Lucie Fournier pour les dessins. Graphisme : Nathalie Viel